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les éclaircies




l’été m’est cher

Festival pirouésien au coeur de l’été.

“Alors vous allez m’écrire un sonnet en alexandrins monorimés avec seulement des rimes féminines, et qui inclue un élément de Pirou (ici, le presbytère). En un quart d’heure, hein, parce que c’est une mise en jambes, on a d’autres choses à faire ensuite…” (O. Salon)

J’ai quitté un pays, retrouvé père et mère
Retour nouveau départ car les deux font la paire
Je ne sais pas rester, pourquoi devrais-je taire
Ce qui éclate en moi, me rend parfois amère ?

Sac au dos livre en main, la déroute m’est chère
J’ai le pouce levé, après tout pourquoi faire ?
Soudain une rumeur, frémissement solaire
Les chemins sont radieux, les questions éphémères

Souvenir silencieux, mes mots comme prière
La nuit est délicieuse, et ces bras qui me serrent
Créent de nouveaux destins, morale élémentaire

Dans cette course folle, à peine pied à terre
Se dissipe le doute, une évidence claire
Je célèbre l’été auprès d’un presbytère.


posté le 10 septembre 2011 - tags : atelier - écriture - poésie - Pirou -
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poème de marche

Festival pirouésien au coeur de l’été. Consigne de J. Jouet.


Je mâche la lumière
Le jour s’inscrit au ciel comme un murmure bleu
Je mâche la lumière
Ca me grandit, un peu

Ca me transperce aussi, ça s’enroule à mon cou
Les rayons sur nos peaux en partage ont bon goût
C’est comme un ouragan qui vient me chercher loin
Qui bouscule mes sens, colore les matins
Une présence infime jusqu’alors oubliée
Une élégance intime qui m’avait échappé
Une évidence ultime que je ne cherchais
Plus

Je lâche la lumière
La nuit s’ancre déjà sur la mer en miroir
Je lâche la lumière
Je n’ai pas peur du noir


posté le 12 septembre 2011 - tags : atelier - écriture - Pirou - poésie - lumière -
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Cher Frédéric

Festival pirouésien au coeur de l’été - polyglotte.

Mots au sens inconnu à utiliser dans l’ordre dans un texte sans contraintes : gripau, pad, carabistouilles, ganes, goesting, têtuette, totil, klootzak, dallage, avorriment, verveling, sauticot.

Cher Frédéric,

pardonne mon retard, j’ai été cloué au lit par un méchant gripau, un truc insupportable qui m’a mangé les jours et dévoré les nuits alors que j’arrivais à peine à grignoter des abricots secs que Rosalyne déposait à mon chevet quand je dormais. Je déteste cette monomanie qui me saisit quand la santé me lâche, l’envie frénétique et irrépressible de ne me nourrir que d’un seul aliment, de garder toujours le même goût au bord des papilles, jusqu’à s’en dégoûter - voilà, le goût des abricots secs sera toujours pour moi celui de l’épuisement lent, du corps ankylosé, des yeux qu’on peine à ouvrir.

Mon Frédéric, excuse la mélancolie, cette lettre est terriblement pad, peut-être même plate ; c’est à toi de me le dire. Toute ma vie, je n’ai pas su me plaindre, aujourd’hui, le vent a tourné, je ne suis pas certain de savoir faire autrement.

Je n’ai pas réussi à te le dire au téléphone - tu connais mon désamour pour cette machine empêcheuse de regards et d’étreintes, mais ils m’ont trouvé des carabistouilles au fond du ventre. Bien sûr, les médecins ont utilisé des mots savants, mais je les ai oubliés - je ne les avais pas compris, mais inconsciemment je savais quelque part ce qu’ils voulaient dire, miracle de l’esprit.

Paraît-il qu’il faut que je garde mon sang froid, sens propre et figuré. Qu’il ne me reste plus si longtemps à vivre. Quelques années. Je n’ai pas envie de compter, mais je n’y arrive pas. Alors je compte en jours, ça donne l’impression qu’il y en a plus. J’ai demandé à Rosalyne de descendre le boulier du grenier, je n’y avais pas touché depuis si longtemps. J’égrène les ganes, une histoire de temps compté pour rattraper le temps perdu.

*

Plus tard - j’ai dû interrompre ma lettre, c’était l’heure des médicaments, dis-goesting, complètement. Parfois je me renfrogne, je refuse soudainement de me plier au rituel des comprimés et des prises de sang, mais tu connais ta mère, elle est encore plus têtuette que toi, et elle est là, comme un métronome, entrant dans la chambre et ne me laissant pas le choix, et je me sais égoïste dans mes simagrées, je ne vivrais pas sans elle, mais je me laisse aller oubliant qu’elle pourrait avoir à vivre sans moi. 

Frédéric, mon Frédéric, est-ce qu’un fils devrait avoir à lire ça, les désespoirs ténus de son père en fin de vie ? Je sais que je ne devrais pas et pourtant, il y a une force intérieure qui me pousse aux confidences que peut-être tu ne me pardonneras pas.

J’aimerais pourtant que tu te souviennes de moi dans mes beaux jours, quand on allait pêcher tous les deux le totil, même si en y repensant, je ne suis pas certain que tu aies apprécié ces journées, qu’elles t’aient apporté autant qu’à moi.

On n’imagine jamais les souvenirs que laisseront les événements au moment où on les vit, n’est-ce pas ?

Avec le boulier, Rosalyne a retrouvé un klootzak, ce genre de grand panier d’osier, de sac à clous, c’est le premier que j’ai fabriqué ; quand on le pose sur le sol, il tombe. Soixante ans après, les mains tremblantes, je recommence à faire des choses bancales.

Depuis des années, je tanne Rosalyne pour qu’on refasse le dallage de la cuisine. On s’accroche à des choses futiles à défaut d’être utile(s). Tu dois rire, cela ne sert à rien. Mais rien n’est jamais vain…

*

Le lendemain - Mon Frédéric, je relis cette lettre en diagonale et les mots que j’y trouve m’exaspèrent, où est passé mon orgueil, celui qui m’a fait avancer toute ma vie, celui auquel tu as tenu tête quand tu étais adolescent et qui te glace encore maintenant ?

Donne-moi de tes nouvelles, comment s’est passé l’avorriment à ton travail ? Rosalyne m’a dit que tu avais l’air fatigué, elle s’inquiète. Je suis trop appitoyé sur mon propre sort pour remarquer le mal-être de mon fils, m’en rendre compte m’a fait une grande claque - bam. 

J’ai mal à la main, t’ai-je trop écrit ? pour ne rien dire… Une petite verveling me fera du bien.

Pardonne mes babillages de sauticot, malgré tout, j’espère t’embrasser bientôt.


posté le 22 septembre 2011 - tags : Pirou - écriture - atelier - langues -
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