Topo


les éclaircies




le bout du monde à vol d’oiseau n’est pas si dur

Une grange dans un jardin privé, à des kilomètres d’ici. Des guirlandes de couleurs, des verres de bière, de la musique roumaine et des Balkans, un accordéon, contrebasse et violoncelle, des boucles de cheveux, une ronde dansante, puis des mots qui déconcertent, d’abord, qui claquent, ensuite, qui emportent, qui s’emportent, qui tremblent. Qui me tremblent. Un virtuose au piano, quatre pulls mais en fait il fait chaud, et ces voix dans les micros.

C’était imprévu, (introuvable), inattendu, joyeux, festif, savoureux, explosif.


posté le 25 septembre 2011 - tags : musique - ailleurs - improvisations -
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"Coulans" de source

Une grande maison au milieu des vignes, une guitare, neuf voix, des étoiles filantes, des verres de vin rouge, du soleil sur le balcon et un bien-être inouï.


posté le 3 octobre 2011 - tags : ailleurs - improvisations -
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grand bien

Grand bien m’a pris de décider de quitter les quais pour traverser le marché, puisque j’ai y croisé F. à qui je pensais quelques heures auparavant - “j’aimerais bien la voir”, m’étais-je dit.

Grand bien m’a pris de créer un blog pour mes étudiants hier à minuit puisqu’ils étaient tout excités d’écrire leur première note en français.

Grand bien m’a pris de dépasser mon désamour du téléphone pour relancer une chouette structure, puisqu’on m’a proposé un entretien.

Grand bien m’a pris de suivre les conseils avisés de Gaëlle puisque j’ai grâce à ça pu entamer une chouette discussion avec la libraire de ce merveilleux endroit qu’est Passages.

Grand bien m’a pris d’acheter La boulangerie de la rue des dimanches, puisque la poésie et la fantaisie ont soudain surgi des pages, alors que j’étais enfoncée dans un gros fauteuil de mon salon de thé adoré.

Grand bien m’a pris de m’inscrire à l’AMAP, puisque ce premier panier est beau et joyeux et étonnant.

Grand bien m’a pris de prendre une place de concert au dernier moment pour aller voir ceux qui s’imposent comme des repères depuis le temps que je vais les applaudir, puisque j’ai pu retrouver les rires d’Ana, le bonheur de la musique au creux du ventre, et l’intimité qu’ils savent créer quand ils font asseoir une salle par terre en cinq secondes pour terminer le concert avec juste une guitare et trois voix. 

Grand bien m’a pris de vivre cette journée, alors que pourtant, quand le réveil a sonné, je me sentais tellement fatiguée.


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Bref, un soir, j’ai acheté des billets pour T*, j’ai demandé à les recevoir chez moi parce que je trouvais que ça faisait classe et que j’aime bien recevoir du courrier. Le jour du départ, je les ai oubliés chez moi. J’ai remonté les escaliers, j’ai réouvert la porte, j’ai pris les billets, je suis partie, je suis arrivée en retard à la gare. Y’avait plein de monde sur le quai, j’ai pensé que je n’aurais pas de place, le train est arrivé, en fait j’avais de la place. J’étais toute seule dans un carré. J’avais un sac avec des poireaux, des courgettes, des oeufs, du chocolat et de la purée d’amandes, un sac avec douze livres et trois carnets, et un sac avec des vêtements. J’ai galéré pour mettre mon sac de douze livres au-dessus de ma tête. Un homme a dit “est-ce que je peux me mettre là ?”. J’ai dit oui. Je me suis assise. L’homme s’est assis à côté de moi. Je me suis aperçu que mes billets étaient dans le sac en haut. Une fille est arrivée, elle a dit “est-ce que je peux me mettre là ?”. J’ai dit oui. Elle s’est assise en face de moi. Je n’avais plus de voix, j’avais plein de travail, j’étais crevée. Je voulais reposer ma voix, j’allais travailler, et un peu dormir. L’homme à côté de moi a sorti un article sur l’écriture des mathématiques est-il un intellect quelque chose. J’ai pensée “ouh purée”. 

Un black est arrivé dans le wagon, il parlait fort au téléphone, l’homme à côté de moi a dit “chut”, le black l’a regardé, l’homme l’a regardé, le black l’a regardé, l’homme l’a regardé, le black a raccroché.

Le train a démarré. Le black est venu vers nous, il a demandé s’il pouvait s’asseoir là, parce qu’il avait besoin d’une prise. J’ai cru que c’était une prise pour recharger son portable, j’ai pensé “quel culot”, en fait c’était une prise pour son ordinateur, on a dit oui, il s’est assis, il a mis son casque sur les oreilles.

La fille a demandé s’il y avait un wagon-bar dans le train. L’homme à côté de moi a dit non, mais il lui a offert des biscuits à la framboise. La fille a dit non merci, l’homme a insisté, la fille a dit oui. Elle a mangé un biscuit. L’homme a dit “prenez-en encore un”, la fille a dit non merci, l’homme a insisté, la fille a dit « bon d’accord, merci », et en a repris un.

Dans le carré d’à côté, il y avait des collégiens. Il y avait une fille qui faisait sa carte de géo. Elle s’est mise à crier à sa copine qu’elle ne savait pas où était le Brésil, sa copine lui a dit qu’elle ne pouvait rien faire pour elle, j’ai pensé “c’est pas une vraie copine”, puis j’ai pensé “c’est abusé de pas savoir où est le Brésil”. Elle a redit qu’elle ne savait pas où était le Brésil, sa copine l’a regardée, je l’ai regardée, la fille l’a regardée, le black l’a regardée, l’homme l’a regardée et a dit “Vous ne savez pas où est le Brésil ?”, et elle a dit non. L’homme lui a montré, la collégienne s’est mise à colorier, l’homme est retourné à son article.

Le black a enlevé son casque, il a demandé à l’homme “vous êtes prof ?”, l’homme a dit “je ne sais pas, pourquoi ?”, le black a dit “votre manière d’intervenir auprès des gens… y’a que les profs pour faire ça, en manquant de respect”. L’homme a dit qu’il ne manquait pas de respect, mais qu’il partageait une expérience. Le black a haussé les épaules. L’homme a dit un truc que j’ai pas compris, le black a hoché la tête et a dit “prof de philo ?”, l’homme a pas répondu, le black a haussé les épaules, l’homme a dit “et vous ?”, le black a dit “je suis en première année de Sciences Po et droit”, la fille a demandé “à Lyon 2 ?”, le black a dit “oui”, la fille a souri, le black a demandé “toi aussi ?”, la fille a dit “oui, en info-com”, l’homme a demandé si ça lui plaisait, le black a dit oui, mais que les profs de fac ne savaient pas faire cours en amphi, l’homme a dit qu’il était prof de fac en amphi. Je me suis mise à rire, la fille m’a demandé ce que je faisais, j’ai dit que j’étais entre eux trois, étudiante et prof à la fois. La fille a dit que c’était cool, j’ai dit oui, le black a remis son casque, on s’est mises à discuter. Elle venait de Tahiti, j’ai dit que j’avais de la famille à Tahiti, elle m’a demandé où, c’était au même endroit qu’elle, elle m’a demandé ce qu’ils faisaient, j’ai dit « ils travaillent dans un labo », elle a failli les connaître, mais en fait non, ç’aurait été trop gros.

On a parlé longtemps, je reposais pas ma voix, je travaillais pas, et je dormais pas. Mais je rigolais bien.

Les collégiens sont partis, le wagon est devenu silencieux, l’homme s’est mis sur le carré à côté pour brancher son ordinateur. La fille avait faim, elle n’avait pas mangé le midi, et son train arrivait à 22h, mais ça, elle ne savait pas, parce qu’elle ne sait pas trop lire les billets de train, parce qu’elle venait d’arriver. J’ai dit que j’avais des trucs comestibles, mais qui étaient faits pour être cuisinés. J’avais oublié le chocolat, je me suis souvenue du chocolat, on a mangé le chocolat. Le black a enlevé son casque et a dit « je suis sûr que si tu grattes tout le wagon, tu peux te faire un repas complet – par contre je te préviens, moi j’ai rien ».

Les contrôleurs sont arrivés, un homme et une femme, le contrôleur a contrôlé mon billet, c’était bon, le contrôleur a contrôlé le billet de la fille, c’était bon, sauf qu’elle avait payé son billet deux fois plus cher que le mien, alors je me suis mise à lister les bons plans qui existent en France. Elle a dit « mais comment tu connais tout ça ? », j’ai dit « je sais pas », parce qu’en vrai je sais pas. La contrôleuse a demandé le billet de l’homme, l’homme a dit qu’il voulait voir le contrôleur, la contrôleuse a pris la mouche, le contrôleur est arrivé, l’homme a dit « vous vous souvenez, je vous ai vu sur le quai », le contrôleur a fait « oui » mais il n’avait pas l’air de se souvenir, la contrôleuse a poussé un soupir. L’homme a dit « j’ai essayé d’acheter mon billet mais ça n’a pas marché ». Le contrôleur a grommelé. L’homme a dit qu’il n’allait pas payer pour une défaillance de la machine. Le contrôleur a dit « ce n’est pas une défaillance de la machine, c’est une défaillance de vous monsieur », la fille m’a regardée, je l’ai regardée, la fille m’a regardée, on a pouffé de rire, l’homme a dit que c’était du vol, la contrôleuse a encore soupiré, l’homme a dit « je ne vais pas payer une majoration », le contrôleur a dit « vous n’avez pas le choix monsieur ». L’homme s’est énervé, la contrôleuse s’est énervée, le contrôleur a dit « bon, là, on doit aller faire la sécurité, mais on reviendra tout à l’heure pour vous faire votre billet ».

Ils sont partis faire la sécurité, on est arrivés dans un bled paumé, le train s’est arrêté, le train s’est arrêté, le train s’est arrêté, la voix dans le micro a fait « le train est arrêté », j’ai dit « sans blague », la voix a dit « en raison d’une correspondance, le train restera en gare pendant vingt minutes », l’homme derrière moi a gueulé, la femme derrière la fille a gueulé, l’homme derrière la femme derrière la fille a gueulé, tout le wagon a gueulé, et la fille a gueulé mais contrairement aux autres, elle était contente, elle allait pouvoir trouver un truc à manger. Elle est partie. Le wagon continuait de gueuler. L’homme-prof a dit « ben moi je vais aller acheter un billet, du coup », et il est parti. Le black a dit « bon moi je vais voir des copains », et il est parti. J’étais à nouveau seule dans le carré, avec mon sac de poireaux, de courgettes, d’œufs, de chocolat et de purée d’amandes. J’ai essayé de dormir, j’y suis pas arrivée. Le black est revenu. La fille est revenue. Le prof n’est pas revenu.

La fille n’avait trouvé que trois paquets de chips. On s’est remises à parler. Elle a mangé le premier paquet de chips. On a continué de parler. Elle a mangé le deuxième paquet de chips. Le train s’est arrêté. Le black a dit « adios señoritas » et il est parti. On s’est demandé ce que le prof était devenu. On s’est fait des films. On a dévié la conversation. On n’a pas su ce que le prof était devenu. La fille a fini le deuxième paquet de chips. Une femme est arrivée avec son enfant de six ans et ils se sont mis sur le carré à côté de nous. La femme dictait au gamin ce qu’il devait dessiner. La femme a dit « un rond ». Le gamin a fait un rond. Il a explosé de rire. La femme a dit « des yeux ». Le gamin a fait des yeux. Il a explosé de rire. Le gamin avait un rire qui faisait rigoler. On a ri aussi. Le train s’est arrêté. La femme s’est levée. Le gamin s’est tourné vers sa voisine, il a dit « au revoir ! ». Le gamin s’est tourné vers l’autre voisine, il a dit « au revoir ! ». Le gamin s’est tourné vers nous, il a dit « au revoir ! ». La mère a dit « dépêche-toi, on va pas réussir à descendre du train ». Le gamin a dit « au revoir ! » à tout le wagon, ils ont réussi à descendre du train.

On a continué de parler. J’ai écrit une adresse sur le carnet de la fille. Elle a écrit un truc sur mon billet de train, et comme ça j’ai enfin su son prénom. Un gars est arrivé. Il s’est assis à côté de moi. La fille a commencé le troisième paquet de chips. Je n’avais plus du tout de voix, j’avais pas dormi, j’avais pas travaillé. La fille a sorti son cours de linguistique. On a commencé à faire de la linguistique. C’était rigolo. La fille a terminé son troisième paquet de chips. Elle a mis les trois sachets ensemble. Le gars l’a regardée, la fille l’a regardé, le gars l’a regardée, la fille l’a regardé, et elle a dit « oui je sais, mais j’avais faim ». Le gars a dit « j’ai rien dit », et c’était vrai. La fille a ri, le gars a ri. On a continué de parler. Un ami du gars est arrivé, il s’est assis à côté de la fille. Il a regardé sa feuille, elle l’a regardé, il l’a regardée, il a dit « wohlala, c’est quoi ces mots ? », la fille a dit « une fricative alvéolaire voisée ? », ça m’a fait rigoler. L’ami du gars a dit « vous êtes en L alors ? », je me suis sentie vieille. On a commencé à parler avec les deux gars, ils étaient militaires, et ils parlaient avec des codes secrets. J’ai dit « vous aussi, vous avez des mots qu’on comprend pas ! », ils ont parlé de colonel, j’avais l’impression de jouer au Cluedo. Ils ont parlé d’être muté. J’ai compris « être tué ». J’ai pensé qu’il fallait que j’arrête de penser au Cluedo. J’ai failli dire « avec le chandelier ? » mais je me suis retenue. J’en avais marre du train, et ça tombait bien, parce qu’on est arrivés à T*.

Je suis descendue du train, je suis sortie de la gare, j’ai cherché la voiture, je l’ai pas trouvée, on m’a appelée, j’étais du mauvais côté de la gare, j’ai redescendu les escaliers, j’ai monté les autres escaliers, j’ai trouvé celle qui m’attendait, j’avais plus de voix, j’étais crevée, j’avais pas travaillé, et j’avais une heure de retard. Bref, j’ai pris le train pour T*.

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dépaysement lyonnais #01

aller voir une pièce de théâtre en khmer


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souvenir de Nova Gorica, Slovénie, 24 octobre 2009

souvenir de Nova Gorica, Slovénie, 24 octobre 2009


posté le 1 novembre 2011 - tags : Slovénie - ailleurs - improvisations -
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covoiturage

Dans une voiture, mélangez un architecte qui habite Lyon mais travaille à Marseille et en Lorraine avant de repartir bientôt pour la Bretagne, une fille en reprise d’études en géographie rurale qui voudrait faire une thèse sur les circuits courts (AMAP, marchés…) et dont le copain veut devenir éleveur de bisons, et une prof de FLE.

Roulez pendant une demi-heure. Ouvrez, ajoutez une psychologue qui travaille en prison.

Oubliez de mettre de l’argent dans le parcmètre à Lyon. Continuez la route pendant un paquet d’heures. Dormez un peu. Admirez les couleurs du ciel. Faites une pause. Etirez-vous.

Râlez contre le fait qu’il fait déjà nuit.

A Toulouse, arrêtez-vous devant la gare. Ôtez la fille en reprise d’études, et remplacez-la par une fille qui travaille dans une association pour la défense des prostituées, qui vit dans une grange et fait partie d’un collectif un peu fou. Ajoutez du rire, à l’envi.

Roulez encore deux heures. Veillez que la discussion se fasse à bâtons rompus. Envoyez un message pour définir un lieu de rendez-vous.

Garez-vous sur le parking de l’église, descendez.

C’est prêt, profitez de votre week-end !


posté le 11 novembre 2011 - tags : Ces gens-là - ailleurs - improvisations -
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deux

Il y a deux catégories de gens, ceux qui sont allés au Burkina Faso en août 2006, et les autres.

Il y a deux catégories de gens, ceux qui font les funambules sur les lignes au sol même s’ils n’ont plus huit ans, et les autres.

Il y a deux catégories de gens, ceux qui croient aux hasards, aux rendez-vous, aux signes, et aux 11h11, et les autres.

Il y a deux catégories de gens, ceux qui trouvent ça plutôt enthousiasmant d’écrire des sonnets en alexandrins monorimés avec alternance de rimes masculines et féminines, et les autres.

Il y a deux catégories de gens, ceux qui brunchent dehors un 13 novembre avec des scones à la purée d’amandes et à la confiture de guignes, et les autres.

Il y a deux catégories de gens, ceux qui peuvent passer une heure à débattre au sujet des trois livres qu’ils emmèneraient sur une île déserte, et les autres.

Et ce week-end, il y avait deux catégories de gens, elle, son lui, et moi ; et les autres.


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déprise

Apprendre à lâcher prise. A ne pas suivre le plan de cours préparé pendant la nuit. Let it go. Se laisser surprendre. Travailler sur l’opposition et la concession. Voir le potentiel de discussion d’une phrase extraite d’un bouquin d’exercices. Ecouter les étudiants commencer à débattre. S’opposer. Se répondre. Laisser faire. Encourager. Les pousser à argumenter, à chercher, à expliquer, à expliciter, à donner des exemples. Les faire travailler sans qu’ils s’en rendent compte. Les voir se prendre au jeu avec passion. Parce que c’est un sujet qui touche. Qui interpelle. Qui questionne. Donner la parole à ceux qui se taisent. Demander leur avis. Réclamer. Entendre les voix qui montent. Parler de cultures qui s’opposent. D’individus, surtout. Parler de passion est passionnant. De sentiments, d’émotions. Chercher à mettre des mots. Les écouter dire l’embarras. L’embarras de ne pas savoir décrire. “Mais pas parce qu’on ne connaît pas les mots en français, même dans notre langue, c’est difficile.” Approcher l’intime. Laisser les questions ouvertes. Parce que les réponses ne sont jamais uniques. Attendre. Enfin, cet instant de silence, après trente-cinq minutes de discussion à bâtons rompus. “Wah, Amélie, c’était un petit peu fou, je crois.” Oui, voilà, tu le dis mieux que moi.


posté le 17 décembre 2011 - tags : souf-fle - improvisations -
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on ne fait pas semblant

champagne à la liqueur de châtaigne
boules de chèvre au curry/sésame/basilic/raisins secs sur pain aux graines maison
lamelles de patates douces marinées au sésame et aux épices

salade de betteraves et pommes
velouté de topinambours

rôti de noix et champignons (nutroast)
pommes duchesse
purée de carottes à la crème d’oignons et au cumin
courge épicée

torches aux marrons
biscuits de Noël miel-cannelle
truffes au chocolat

rhum arrangé maison ananas vanille


posté le 21 décembre 2011 - tags : cuisine - improvisations - végétarisme -
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si je n’avais jamais blogué

Si je n’avais jamais blogué, je n’aurais peut-être jamais pris de train pour Lausanne.

Si je n’avais jamais blogué, je n’aurais jamais pris non plus des billets pour Bruxelles sur un coup de tête parce qu’ils n’étaient pas chers.

Si je n’avais jamais blogué, Bruxelles justement ne serait sans doute pas la ville où j’ai le plus squatté sans y avoir habité, et je n’y aurais probablement pas cherché un stage pour y habiter vraiment cette fois.

D’ailleurs, si je n’avais jamais blogué, je n’aurais peut-être pas eu de stage à trouver, parce que je n’aurais sans doute pas fait ces études. Je n’aurais peut-être même jamais entendu parler de FLE.

Je n’aurais jamais entendu non plus qu’on peut remplacer le beurre dans les gâteaux par de la purée d’amandes.

Si je n’avais jamais blogué, je ne connaîtrais peut-être pas postsecret, les cistes, geocaching, bookcrossing, arteradio, stereomood, 8tracks, itgetsbetter, la blogothèque, le nanowrimo, playingforchange, dearblankpleaseblank, ted, le couchsurfing, et rainymood.

Si je n’avais jamais blogué, je n’aurais jamais commencé ce chouette projet d’écriture-photos à quatre mains.

J’aurais écrit moins de lettres. J’aurais reçu moins de cartes.

J’aurais moins appris.

J’aurais moins aimé.

Si je n’avais jamais blogué, je n’aurais peut-être jamais entendu parler de LPC, ni de homeschooling. Et si les deux n’ont rien à voir, les deux me fascinent de la même manière.

Je n’aurais pas reçu un jour un colis de bougies parfumées fabriquées à la main.

Et un autre jour, un colis remplis de papiers japonais.

Des enveloppes remplies de livres.

Des boucles d’oreilles.

Des secrets du bout du monde.

Je n’aurais pas eu autant de carnets. Je n’aurais peut-être même jamais mangé de cupcakes.

Je n’aurais pas passé autant de jours dans le Sud, dont je garde toujours l’extrême douceur.

Je n’aurais pas fait de covoiturage jusque dans le Gers.

Je n’aurais jamais goûté la limonade à la violette. Je ne me serais jamais dit que j’avais envie de goûter la vodka caramel.

Si je n’avais jamais blogué, je ne recevrais pas aujourd’hui les livres de Julia avec des dédicaces qui me font pleurer.

Si je n’avais jamais blogué, je n’aurais pas failli mourir près du bassin de la Villette.

Si je n’avais jamais blogué, je n’aurais peut-être pas parlé d’identité numérique à mes collégiens. En tout cas, pas de la même manière. En même temps, si je n’avais jamais blogué, je n’aurais jamais travaillé avec des collégiens.

Si je n’avais jamais blogué, je n’aurais jamais pensé à ce que signifie vraiment l’influence.

Si je n’avais jamais blogué, je ferais moins attention aux choses. Je prendrais moins conscience des détails. Je poétiserais moins la vie.

Peut-être que personne ne serait venu me voir par surprise à Dublin.

Peut-être que je n’aurais même pas habité Dublin, que je n’aurais jamais fait d’Erasmus, parce qu’il n’y aurait pas eu cette fille qui m’en aurait donné particulièrement envie.

Si je n’avais jamais blogué, je n’aurais pas fait un atelier d’écriture pendant une semaine dans le Nord de la France.

J’aurais dormi dans une auberge de jeunesse à Paris au lieu de débarquer chez un presque inconnu avec qui j’ai fait une salade de fruits.

Il y aurait eu moins de coïncidences. J’aurais bien moins hystérisé.

Moins inventé de mots aussi sûrement.

Moins été fascinée par des inconnus.

Je n’aurais peut-être pas autant su comment entretenir les liens.

J’aurais moins cherché à comprendre, dans moins de directions différentes.

J’aurais eu moins d’idées. Moins de créativité. Moins d’ouverture(s). Moins de fenêtres.

Si je n’avais jamais blogué, peut-être que l’écriture ne serait pas devenue vitale à ce point.

J’aurais moins perdu de temps. Je me serais moins disputée avec des gens proches. J’aurais plus été dans la « vraie vie » dont les gens qui ne bloguent pas parlent. Je serais moins arrivée en retard à cause d’un post. Je procrastinerais moins. Je n’aurais pas autant inventé d’excuses. J’aurais eu moins à expliquer pourquoi j’avais arrêté de bloguer. J’aurais peut-être moins l’impression d’avoir des choses à prouver. Je n’allumerais pas l’ordinateur en rentrant même à 3h du matin pour lire les nouveaux mails. Et puis j’aurais mangé moins de chocolat.

Mais j’aurais tellement moins ouvert les bras.

Je n’aurais peut-être pas lu Alessandro Baricco, Nancy Huston, Haruki Murakami, et Martin Winckler. Je n’aurais jamais écouté Scriabine, Erik Satie, Sigur Ros, Björk, et Syd Matters. Yves Jamait. Et des milliers d’autres.

Si je n’avais jamais blogué, il n’y aurait pas eu autant de rencontres, d’une fois ou de centaines, autant d’échanges, réguliers ou non, de fous rires, et d’émotions. De partage. De récits. D’anecdotes qui changent des choses sans qu’on s’en rende compte. Sans qu’on le veuille.

Si je n’avais jamais blogué, je ne porterais pas une petite fiole turquoise autour du cou qui s’assortit à mon écharpe.

Je ne serais peut-être pas végétarienne.

Je ne partirais pas au Maroc dans deux mois.

Je ne lirais pas de poésie espagnole.

Je ne chercherais pas la présence d’une certaine, quand j’ai besoin de réfléchir.

Je n’achèterais pas des livres-carnets pour adolescents qu’en fait je garde pour moi.

Je ne jouerais pas autant à des jeux de société.

Je ne saurais pas comment fonctionne un microscope.

En fait, je ne sais pas vraiment. Le microscope, et le reste.

Mais j’ai comme la certitude que si je n’avais jamais blogué, la vie aurait été drôlement moins chouette que ça.


posté le 22 janvier 2012 - tags : Ces gens-là - improvisations - voyages -
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